– La justice n’aurait servi à rien avec lui. Pour Amandine, ça se serait terminé par un classement sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée. Je ne suis pas féministe, je ne l’ai jamais été, je ne comprends même pas ce que ça veut dire. Pour moi, il y a la loi, le droit. Mais comment faire si on n’a pas la possibilité d’appliquer la loi ? Nos lois, notre système est incapable de traiter ces questions pour le moment. Peut-être même qu’il ne le sera jamais. Pourtant, elles doivent l’être, il faut bien se débrouiller. Il y a un moment, il faut sortir les couteaux, c’est purement technique. S’il faut compter sur les gentilles féministes qui montent des cellules de veilles contre les violences, parlent de sororité en pleurnichant sur une pension qui n’arrive jamais, se refilent des noms d’avocates minables et se coltinent des rendez-vous dans les « points rencontre », pour que leurs enfants maintiennent bien le lien avec leur père violent, parce que c’est un beau modèle à préserver, un papa qui viole et qui tape…
Elle se tut un instant, le regard perdu quelque part au-dessus de Lise et Hermann. Puis ses yeux s’abaissèrent lentement, vers eux, tassés sur leur chaise. Elle semblait à nouveau les voir, et prit un air bravache, presque provocateur.
– Vous savez ce qui m’écœure le plus, chez les féministes ? C’est quand elles répètent fièrement que le féminisme n’a jamais tué personne. Eh bien, moi je me dis que c’est certainement le problème.

Laisser un commentaire